Réalisation : Jean-Paul Salomé
Casting : Reda Kateb, Sara Giraudeau, Bastien Bouillon, Pierre Lottin, Camille Japy, Victor Poirier, Lolita Chammah, Olivier Loustau…
Nationalité : Français, belge
Genre : Drame
Durée : 2h08
Date de sortie : 14 janvier 2026
Tout public
Synopsis
Jan Bojarski, jeune ingénieur polonais, se réfugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l’occupation allemande. Après la guerre, son absence d’état civil l’empêche de déposer les brevets de ses nombreuses inventions et il est limité à des petits boulots mal rémunérés…Jusqu’au jour où un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets.
Mon avis
Un film aussi prenant que passionnant !
Sans en attendre grand-chose, j’y suis allée par curiosité et j’en suis ressortie totalement bluffée.
« Ce n’est pas un faussaire, c’est un artiste. »
J’avoue ma méconnaissance complète concernant cette histoire vraie, pourtant, elle gagne véritablement à être connue, parce que plus que le fait divers qui se cache derrière, c’est le récit d’une vie dont nous devrions tous prendre connaissance, une vie marquée par le rejet de tout un pays, qui a conduit à un destin si dramatique. Cette vie, c’est celle de beaucoup d’autres, des immigrés qui ont fui la Seconde Guerre Mondiale, qui ont quitté leur pays, mais aussi leur statut, leur travail, tout simplement pour survivre et qui une fois arrivés chez nous, étaient traités comme des pestiférés, des étrangers venus là pour piquer le travail des locaux ou pour profiter de leur système social. Comme beaucoup d’autres, c’est un homme qui ne peut prétendre exercer le même métier que dans son pays, brillant ingénieur, véritable génie visionnaire, on ne veut pourtant pas de ses idées ici, parce qu’il ne possède pas la bonne nationalité, parce qu’on ne veut tout simplement pas admettre que quelqu’un comme lui puisse avoir de meilleures idées que nous. Alors, la spirale infernale commence, les petits boulots qui s’enchaînent, les tâches ingrates que l’on veut bien leur laisser, les mauvaises décisions, pour enfin sortir la tête de l’eau, offrir une belle vie à sa famille, sans devoir compter sur l’aide financière de quelqu’un d’autre, c’est ainsi que l’on pousse un homme bien, vers ses derniers retranchements et qu’une immense chasse à l’homme s’enclenche. La réalisation de Jean-Paul Salomé est tout à fait à la hauteur, sa reconstitution des années 50, cette photographie aux aspects sépia, c’est une immersion totale qu’il nous offre et c’est une atmosphère à part entière, dans laquelle nous plongeons totalement, qui parvient à nous livrer une vision extrêmement réaliste de l’époque, de sa police, autant que du reste. En ce qui concerne le scénario, il est parfaitement maîtrisé, c’est le récit d’une affaire qui a fait grand bruit, mais plus que son côté sensationnel, il est intéressant de s’être essentiellement penché sur la vie de cet homme, sur son talent d’artiste avant tout, même s’il n’a pas fait les bons choix, il a fait son possible et restera dans les mémoires, son génie que nous devrions tous admirer. Quant au casting, il est lui aussi parfaitement en place, Reda Kateb y est magistral, Sara Giraudeau particulièrement touchante, Bastien Bouillon est toujours aussi admirable et Pierre Lottin interprète un second rôle très intéressant.
En bref : Un film absolument magistral, qui possède une identité visuelle forte, nous plongeant avec un réalisme saisissant dans cette époque, dans cette affaire qui a fait grand bruit, mais plus encore, qui nous livre le récit d’un homme qui a tout perdu, qui a dû se reconstruire dans un autre pays, qui n’a jamais voulu de lui, de ses idées, ce qui l’a conduit à prendre les mauvaises décisions, un homme, un génie, un artiste, qui ne voulait rien d’autre qu’être reconnu et faire vivre sa famille !
Superbe critique, comme toujours !
Je n’ai pas encore vu L’Affaire Bojarski, mais à te lire, on sent que le film dépasse largement le simple fait divers pour devenir un vrai portrait d’homme, presque une tragédie sociale. Ce qui m’interpelle surtout, c’est cette idée du génie rejeté, de l’ingénieur brillant contraint à l’ombre à cause de son statut d’immigré… Ça résonne forcément encore aujourd’hui.
Tu donnes envie de découvrir l’homme derrière “l’affaire”, pas seulement le scandale. Et si Jean-Paul Salomé réussit en plus à recréer cette atmosphère des années 50 avec cette photo sépia immersive que tu décris, alors l’expérience doit être aussi esthétique qu’émotionnelle.
Quant au casting, Reda Kateb dans un rôle d’artiste incompris, ça semble presque une évidence tant il sait incarner les failles et la dignité.
Bref, tu as piqué ma curiosité : je vais clairement, tôt ou tard, rattraper ça. Merci pour cette belle mise en lumière d’un film et d’une histoire que je ne connaissais pas du tout et que j’ai découverte à travers les différentes critiques proposées par nos différents amis bloggeurs !
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