Une Part Manquante

Réalisation : Guillaume Senez

Casting : Romain Duris, Judith Chemla, Mei Cirne-Masuki, Yumi Narita, Shungiku Uchida, Patrick Descamps, Shinnosuke Abe, Tsuyu Shimizu…

Nationalité : Belge, français, japonais 

Genre : Drame

Durée : 1h38

Date de sortie : 13 novembre 2024

Bande-annonce

Synopsis

Tous les jours, Jay parcourt Tokyo au volant de son taxi à la recherche de sa fille, Lily. Séparé depuis 9 ans, il n’a jamais pu obtenir sa garde. Alors qu’il a cessé d’espérer la revoir et qu’il s’apprête à rentrer en France, Lily entre dans son taxi…

Mon avis

Un film aussi bouleversant que difficile !

Séance ciné-découverte de mon cinéma, j’ai évidemment sauté sur l’occasion et j’ai passé un très beau moment.

« Je ne suis jamais parti. Je t’ai toujours cherchée. »

C’est une plongée au Japon que nous offre ce film, véritable voyage au cœur de ses villes très urbaines, mais aussi de certains de ses paysages plus naturels, mais c’est avant tout dans son style de vie et essentiellement dans son système judiciaire que nous allons nous immerger, pour ainsi comprendre en partie, comment la société peut fonctionner là-bas. Effectivement, nous allons principalement nous intéresser au droit parental, mais plus précisément à un phénomène dramatique qui a cours bien trop souvent, l’enlèvement d’enfants, parce qu’au Japon, lorsque des parents se séparent, c’est le premier qui enlève les enfants, qui en possèdent la garde, autant vous dire que le parent qui reste sur le bas-côté tombe alors dans une véritable spirale infernale. On pourrait penser que c’est une situation qui n’existe qu’en cas de parents aux nationalités différentes, si c’est le cas ici, on nous montre que même lorsque les deux parents sont japonais, ce principe s’applique, laissant les parents complètement démunis, quasiment sans aucun moyen de recours et s’estimant heureux de pouvoir seulement prétendre à voir leur enfant occasionnellement. Le pire est encore lorsqu’ils veulent agir, lorsqu’ils commencent à faire des vagues, dans une société où faire du bruit, attirer l’attention est presque criminel, ils deviennent alors des hors-la-loi, de véritables pestiférés, considérés comme des dangers publics, ils sont d’autant plus privés des maigres droits auxquels ils pouvaient prétendre, un véritable cercle vicieux donc, duquel il est presque impossible de sortir. La réalisation de Guillaume Senez est superbe, tout en pudeur, en finesse, il a su mettre en lumière tous les contrastes de ce pays, tout en abordant des sujets qui lui sont chers et qui font toute l’intensité de son travail. Visuellement, c’est aussi beau, que parfois très austère, très rude, très chirurgical, à l’image du Japon, qui peut faire autant rêver par ses paysages, que nous faire froid dans le dos ou nous révolter par son système presque archaïque, où la justice est à deux vitesses, d’autant plus lorsque vous avez quelques moyens financiers en vôtre faveur. En ce qui concerne le scénario, sans être ultra complexe, il parvient à mettre le doigt sur tout autre chose, son importance réside essentiellement dans les récits qu’il nous fait partager, pas dans la recherche d’une écriture forcément ampoulée, mais dans toute l’humanité, l’émotion qui s’en dégage. C’est le parcours d’un père, de sa ténacité, de sa volonté de ne rien lâcher, malgré les rouages d’une justice trop bien verrouillée, mais c’est également le destin de tous ceux, comme lui, pères ou mères, qui se battent, pour conserver un lien bien trop précaire et surtout, de ces enfants auxquels on ne pense pas, victimes collatérales, qui devraient pourtant avoir voix au chapitre, mais que l’on prive d’un parent. Quant au casting, il est absolument parfait, avec un Romain Duris toujours à la hauteur, le rôle de Judith Chemla est extrêmement touchant et c’est sans compter celui de la jeune Mei Cirne-Masuki, qui est bouleversante de justesse.

En bref : Un film aussi sublime, que révoltant, le récit d’un père, symbole de tous ceux qui, comme lui, luttent presque sans aucun espoir, pour pouvoir obtenir le simple droit de revoir leurs enfants, pris dans un système judiciaire japonais extrêmement sévère, injuste, presque archaïque même dans ses lois, un parcours bouleversant, qui nous prendra littéralement aux tripes et qui nous laissera avec des réflexions profondes, qui pourront longtemps nous hanter !

9/10

11 réflexions au sujet de « Une Part Manquante »

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